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Frédérique Constant - Interview de Peter Stas

Frédérique Constant Interview de Peter Stas

Les montres connectées Swiss Made, la production de mouvements à échelle industrielle et les perspectives économiques sont les sujets que Peter Stas a abordés avec WorldTempus.

Vous présentez de nombreuses nouveautés à Baselworld cette année, à commencer par votre nouveau e-strap. Croyez-vous en son succès, alors même que Montblanc semble avoir abandonné son e-strap ?
J'ai une information pour vous: Montblanc présentera bientôt la deuxième génération de son e-strap et n’a donc pas abandonné l'idée. Mais notre e-strap est moitié moins cher que le sien, et un quart moins épais.


Vous avez maintenant votre e-strap ainsi que votre propre clip d’analyse des montres mécaniques. Seront-ils en vente dans le même réseau de distribution que vos montres ?
Pas nécessairement. Nous avons déjà eu des discussions avec Hirsch, par exemple, pour vendre ces produits via un réseau d’après-vente. Le clip Analytics est encore principalement vendu par les détaillants, mais aussi en ligne, sur notre propre portail. Nous en avons déjà vendu environ 1300 depuis son lancement fin novembre. Beaucoup d'amateurs s'y intéressent. Nous avons également contacté Chrono24 qui pourrait le proposer à ses clients.


Interview de Peter Stas


Qui achète le clip Analytics ? Vos clients existants en premier lieu ?
L’étude du cloud nous montre que les passionnés d’horlogerie peuvent posséder jusqu'à 25 montres. Nous voyons qu'ils ont des Patek Philippe, des Rolex et beaucoup de montres anciennes, plus quelques Frédérique Constant, mais c’est un faible pourcentage. L’intérêt de l’Analytics réside plus dans l'application que dans le clip lui-même. Les gens sont intéressés à pouvoir prendre une photo et à la télécharger sur le cloud. On peut ainsi avoir des graphiques combinés pour la même montre, sur une période donnée, afin de voir l'évolution de la montre. Nous commençons aussi à introduire le coaching, pour offrir des conseils.


Cette année, pour la première fois, MMT a son propre stand pour la vente de ses modules de montres connectées. Y passez-vous beaucoup de temps?
Non, pas du tout. MMT vole désormais de ses propres ailes ; la société a son propre CEO, Philippe Fraboulet, son propre directeur commercial et une équipe complète. Je me suis rendu sur le stand le premier jour, pour voir comment il était, mais je ne suis plus impliqué dans la société, outre le fait que j’en suis actionnaire et qu'elle est un de mes fournisseurs.


MMT a-t-elle été créée avec l’idée de fabriquer une montre connectée Swiss Made ?
Il est vrai que toute la technologie de MMT est Swiss Made, y compris les circuits imprimés. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous avons établi cette société en Suisse. La principale raison est la vitesse de développement. La différence entre la Silicon Valley et la Suisse est que nous avons des séries de production relativement petites, mais en grand nombre. A la Silicon Valley, ils ont moins de séries, mais des volumes de production beaucoup plus importants. L’horlogerie suisse est basée sur des séries bien plus réduites, mais avec de nombreux modèles, et ce n’est pas ce qu’apprécie la Silicon Valley. MMT dispose désormais de trois modules différents, de l’e-strap, et des diverses implémentations. C’est ça le moteur de l’entreprise.


Trouvez-vous facilement les collaborateurs adéquats pour MMT ?
Le CEO Philippe Fraboulet est la seule personne à avoir rejoint la société depuis la séparation. Nous avons commencé par recruter de jeunes collaborateurs dans toute l’Europe. Travailler dans l’horlogerie leur plaît car les projets sont intéressants. Il n’a pas toujours été facile de les trouver, mais nous y sommes quand même parvenu.


Cette année encore, vous présentez un nouveau mouvement imbattable en termes de prix, et cette fois encore, il s’agit de l’évolution d’un mouvement de votre marque haut de gamme Ateliers de Monaco. A-t-il toujours été dans votre intention que cette marque soit en quelque sorte le terrain d’essai de nouveaux développements ?
Ateliers de Monaco a toujours été une sorte de laboratoire de recherche et développement, et parallèlement, le moyen pour nous de garder les horlogers les plus talentueux au sein de l’entreprise, car sinon ils risqueraient de nous quitter pour se mettre à leur compte. C’est notre façon de les encourager à rester chez nous que de leur apporter les outils et les conditions pour apprendre et expérimenter, et, en même temps, leur donner la possibilité de voir leur travail être intégré plus tard chez Frédérique Constant et Alpina.

Cela requiert-il des horlogers une mentalité particulière, sachant que leurs développements doivent au final être évolutifs pour la production à grande échelle?
Non, ils font vraiment leurs propres développements et nous voyons ensuite si nous pouvons les étendre. Mais ces nouveaux mouvements ne naissent pas tous nécessairement chez Ateliers de Monaco. C’est vrai que notre nouveau mouvement de chronographe flyback est né ici, mais nous en avions aussi une version chez Alpina. C’est seulement aujourd’hui que nous le présentons chez Frédérique Constant, et cela tout à fait intentionnellement, parce que le chronographe est le mouvement le plus difficile à développer. Nous allons en produire quelques milliers et il était donc important de commencer par de petites quantités avec Alpina, il y a quelques années (avec une version légèrement différente).


Interview de Peter Stas


Comment faites-vous pour élargir la production de ces mouvements afin de pouvoir offrir des prix si imbattables ?
Nous demandons à nos ingénieurs de faire avant tout des mouvements aussi simples que possible. En outre, ils doivent concevoir le mouvement de sorte qu’à l’assemblage l’horloger n’ait aucun ajustement à faire. Cela implique un temps de développement plus long et une plus grande précision. Mais une fois le travail de développement terminé, l’assemblage se fait beaucoup plus rapidement, et cette économie de temps et d’argent se reflète sur les prix.


Ces dernières années, Frédérique Constant s’est singularisée par son chiffre de croissance solide. Allez-vous parvenir à conserver cet élan, en cette période d’incertitude ?
En janvier, nous avons enregistré une croissance zéro, et 0,3% en février. Nous prévoyons entre 4 et 5% pour la fin mars, car nous avons connu des retards dans nos livraisons. Les chiffres de l’industrie horlogère pour février m’ont surpris, car ils démontrent que la situation reste douloureuse. C’est aussi ce que nous ressentons, mais nous sommes davantage confiants.

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